SITUATION EPISTEMOLOGIQUE DE L'ASTROLOGIE A TRAVERS L'AMBIVALENCE FASCINATION/REJET DANS LES SOCIETES POST-MODERNES
Le pivot et le cœur de l'astrologie, miroir d'une unicité profonde de l'univers, rappellent l'unus mundis des Anciens, où le cosmos est considéré comme un grand Tout indivisible. Avec le rationalisme et ses Lumières, la scission se fit entre cœur, âme et esprit, entre raison et sensibilité. Un schisme socioculturel qui s'inscrit aujourd'hui encore notre culture occidentale. Cependant un nouveau paradigme est générateur d'un intérêt croissant pour les astres, et ce nonobstant un rejet rémanent, lié essentiellement à l'amalgame fait autour des pratiques divinatoires. Par rapport à notre vécu, élément fondamental au regard d'une sociologie compréhensive, wébérienne ou simmélienne, nous avons voulu privilégier le phénomène des médias, reflet du donné social, vu notre expérience en ce domaine depuis plus de vingt ans. Terrain de recherche privilégié et lieux probables à la fois de l'adhésion souvent mêlée de fascination, et du rejet par rapport à l'astrologie. Sans oublier le rôle considérable des multimédias en nos sociétés. A la lumière de certains articles et émissions télévisées ou radiophoniques représentatives - reliés respectivement à une problématique précise (scientisme, déterminisme, ignorance due à l'absence d'enseignement officiel...) -, nous avons tenté d'analyser cette ambivalence de fait entre attraction et rejet et de définir, au moyen d'un constat sociétal, la situation épistémologique de l'astrologie aujourd'hui. La valeur d'une discipline n'est-elle pas relative à ceux qui la jugent; or, ceux-ci peuvent-ils juger ex nihilo, dégagés de tout a priori, de toute détermination socioculturelle?... De plus en plus de scientifiques sont aujourd'hui interpellés par l'astrologie, comme H. Laborit ou R. Abellio selon qui elle est "à la fois un art, une science et une sagesse". De plus en plus nombreux, les médecins, psychologues ... qui collaborent avec des astrologues : une ouverture qui trahit une évolution dans le sens des vraies lumières (Jaspers).
LE DOSSIER DES INQUISITEURS... ET DES DEFENSEURS
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"La sociologie est un sport de combat." Pierre Bourdieu
Ma thèse a provoqué un raz- de -marée dans un certain milieu scientiste et dans les médias.
Les raisons ? Elles sont à la fois multiples et surprenantes.
Tout d'abord il faut savoir qu'il ne s'agit pas du premier travail universitaire sur un sujet astrologique, loin de là. Plus d'une dizaine de thèses de doctorat, dont plusieurs en sociologie, furent soutenues ces dernières années. Cela n'a pas arrêté une poignée de scientifiques de protester bruyamment et de se livrer à un véritable chantage sur la Sorbonne. Déjà la veille de ma soutenance, une association au nom ronflant, l'Association française pour l'Information scientifique (AFIS), a fait pression sur le Président de la Sorbonne en menaçant cette dernière de discrédit et alerté l'opinion à travers une dépêche de l'AFP demandant de surseoir à celle-ci. L'intox était si forte que quatre prix Nobel allèrent jusqu'à écrire au Ministre de l'Education Jack Lang pour protester contre l'attribution scandaleuse du titre de docteur de la Sorbonne à une astrologue . Il va sans dire que ces doctes personnages non seulement semblaient (ou voulaient ?) ignorer mon cursus universitaire qui me permettait de préparer un doctorat (licence de lettres modernes, D.E.S, D.EA de sociologie), mais qu'ils n'avaient pas lu une seule ligne de ma thèse . Sans commentaire....
Mais l'institution de la Sorbonne a tenu le cap en cette tempête. Après qu'un jury de six professeurs (dont deux par écrit ) m'aient accordé la mention très honorable, le groupuscule de l'AFIS s'est acharné contre moi en exigeant que ma thèse soit réexaminée par des scientifiques ! Une démarche ahurissante - une première à ma connaissance- totalement contraire aux habitudes académiques, et de fait scandaleuse. De quel droit une discipline extérieure se mêlerait-elle de (re)juger un travail régulièrement apprécié par un jury compétent? D'autant que les sociologues de mon jury sont pour la plupart des universitaires de renommée internationale, ce que l'on ne peut affirmer à propos de mes détracteurs qui, il faut le dire, se sont taillés une belle publicité à mes dépens et en exploitant ma notoriété . C'est ainsi que l'"affaire Teissier " eut droit à la une du supplément du week-end du NEW-YORK TIMES, intitulée Star Wars in France , de même qu'à un article dans le TIME britannique (A pathway to the stars ) qui annonça mon souhait de remettre l'astrologie à la Sorbonne. L'Allemagne ne fut pas en reste, avec une page entière dans WELT AM SONNTAG (Astronomischer ärger um Frau Dr. Teissier ) et plus tard celle du SPIEGEL (Doktorin der Sterne) ...
Comme leur chantage n'aboutissait pas, ces talibans de la culture critiquèrent mon travail publiquement à partir du lendemain de la soutenance, toujours sans avoir lu une ligne de ma thèse. Tenue par le devoir de réserve avant la réception de l'attestation du doctorat, quelque six semaines plus tard -comme chaque étudiant doctorant-, je ne pouvais m'expliquer moi-même, mais j'assistais presque quotidiennement dans la presse à un feu d'artifice de mauvaise foi et de critiques partiales.
Sans rentrer dans les détails de cette polémique, voici quelques extraits:
Huit jours après ma soutenance, deux sociologues (Christian Boudelot et Roger Establet) discréditent mon travail en une du Monde en déplorent la "braderie médiatique", demandant si mon doctorat était bien régulier: "Tous les contrôles ont sauté" affirment-ils. Ils attaquent ensuite mon directeur de thèse et la sociologie compréhensive... .
Un autre sociologue enchérit encore et prétend que mon travail n'avait rien à voir avec de la sociologie. Il avoue d'entrée de ne pas avoir lu une ligne de ma thèse! Sans commentaire.
Plus grave encore: ce même sociologue fait circuler une pétition et déclare à la presse que plus de 300 sociologues auraient signée cette pétition demandant à ré-juger ma thèse.
La presse fait largement écho de cette initiative sans mentionner qu'une grande partie des signataires furent surtout des étudiants à qui certains profs avaient demandé de signer!
Dans les semaines qui suivirent, plusieurs sociologues prennent - plus au moins - ma défense.:
Alain Touraine écrit dans Le Monde du 22 mai 2001 sous le titre "De quoi Elizabeth Teissier est-elle coupable?": "La question qui a soulevé les passions est: Mme Teissier a-t-elle affirmé que l'astrologie est une science?...... Je voulais savoir ce que Mme Teissier avait dit, si elle avait écrit cette affirmation et pris l'astrologie comme une science...
Après la lecture des ces plus de 800 pages, la réponse à la question posée s'impose à moi: Mme Teissier n'a pas défendu cette position scandaleuse, et que j'aurais été le premier à condamner... je n'ai lu nulle part dans sa thèse que l'astrologie était scientifique et, quand elle commente elle-même une enquête qui l'affirme, elle critique, à juste titre, des résultats fragiles."
C'est clair. Voilà -enfin!- un sociologue qui a lu mon travail et qui tire cette conclusion sans appel. De plus, il affirme dans cet article, que ma thèse "représente un effort considérable et de larges connaissances".
Quelques jours plus tard, la sociologue Judith Lazar écrit dans Le Figaro: Sous le titre "Retour sur une chasse aux sorcières" elle dit d'entrée: "Le petit monde de la sociologie se met en effervescence,.... les pétitions circulent et les signataires s'empressent d'exprimer leur indignation,... sans se soucier un instant du contenu de la thèse. Certes, l'auteur n'est pas une inconnue du grand public......, mais est-ce suffisant pour proclamer..., avant de lire ne serait-ce qu'une page de sa thèse, la superchérie?..... Sans oublier que ce travail.... a parfaitement suivi toutes les étapes nécessaires de la procédure; que le jury a été présidé par l'un des plus grands psychosociologues de notre époque.....: Serge Moscovici.
....Quant au réexamen de la thèse, exigé des pétitionnaires consciencieux, cela s'apparente à la fois à de la mascarade et à de la discrimination."
Cette intervention me redonne un peu le moral. Ainsi que le texte d'une autre sociologue (tiens, ce sont surtout les femmes qui prennent ma défense?), Odile Piriou, qui écrit dans Le Monde, que le choix des sujets de thèse en sociologie serait souvent lié à la trajectoire professionnelle des thésards. "Les reproches que les sociologues formulent à l'encontre d'Elizabeth Teissier, ..., son profil iconoclaste, pourraient être adressés à beaucoup d'autres docteurs. S'ils exigent que sa thèse soit réexaminée, ils prennent le risque de favoriser le jeu de pouvoir mandarinal. Un patron, en lutte avec un concurrent ou jugeant une thèse trop dérangeant, exigera à son tour son réexamen ou son annulation. ..... E. Teissier pourrait devenir le pion qu'on avance en surface pour régler des affaires plus souterraines, relevant des querelles de chapelle ou des jeux de pouvoir entre grands de la sociologie.....".
Quelques semaines plus tard, le sociologue suisse Jean Ziegler, explique dans un magazine suisse-allemand (la polémique a depuis traversé les frontières, avec des articles dans New York Times, ainsi que dans la presse en Angleterre, en Allemagne etc.) un point de vue semblable. Il dit que l'affaire Teissier ne serait qu'un prétexte de jeux de pouvoir et de subventions.
Il est d'ailleurs intéressant de constater que les critiques viennent surtout d'une petite association, l'AFIS (Association française pour l'information scientifique). Le Monde et l'Agence France Presse s'empressent de publier les communiqués de ce petit groupe de fanatiques. Etrange, quand on sait que l'AFIS se compose de 174 membres (quelques professeurs à la retraite), présidé par un M. J.-P. Krivine, et que ce groupuscule m'attaque depuis des années sur leur site d'internet (domicilié sur une petite île de 700 habitants).
J'ai pu constater d'ailleurs que certains médias donnent très facilement la parole aux gens qui me critiquent, très souvent par des personnes assez médiocres -sans se soucier de leur renommée scientifique!- mais que ces mêmes médias refusent de publier des articles qui prennent ma défense. Une biologiste, ancienne du CNRS, ainsi qu'un sociologue belge de renom international, avaient envoyé des lettres au Monde, mais ces opinions ne furent jamais publiées!
Pour finir ce petit panorama qui est d'ailleurs un reflet parfait de mon sujet de thèse (fascination et rejet!), voici les résultats d'une enquête par sept membres de l'AFIS publiés abondamment dans Le Monde, et repris par des agences de presse à travers l'Europe dans une dépêche intitulée "La non-thèse d'Elizabeth Teissier". La conclusion de ces scientiflics est simple: Mon travail serait nul, plein de fautes etc. etc...
Je constate de nouveau que des centaines de journaux s'empressent de publier ces dépêches et ces critiques, mais qu'aucun de ces journaux publiera quelques jours plus tard une mise au point qui va à l'encontre de ces messieurs qui représentent qu'une infime partie des scientifiques français.
Mais leurs critiques correspondent à la doxa, à l'opinion de l'intelligentsia actuel......
...et voilà, nous sommes en plein dans le sujet de ma thèse!
En guise de conclusion voici quelques extraits d'une tribune publiée récemment en Belgiquepar le grand sociologue Bolle de Bal (entre autres président d'honneur de l'Association internationale des sociologues de langue française):
"....le microcosme académique français ... est en ébullition.
Source : The New York Times :
http://www.nytimes.com/2001/06/02/arts/02ASTR.html ?ex=992506200&ei=1&en=e6da11749bcae556
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The New York Times - June 2, 2001
Star Wars : Is Astrology Sociology ?
By EMILY EAKIN
Elizabeth Teissier is well known in France as the weekly horoscope columnist for a popular television guide, the author of a half-dozen books on astrology, and the astrologer to the French president François Mitterrand.
But Ms. Teissier, 63, has recently found herself on the front page of French newspapers for something that hundreds of people do every year : defending her dissertation.
A Ph.D. candidate in sociology, Ms. Teissier spent almost 10 years completing a 900-page thesis on astrology and in April received a passing grade at the Sorbonne for her efforts.
On the personal Web site where she lists her accomplishments - which include predicting the attempted assassination of Ronald Reagan, the 1987 stock market crash and the fall of the Berlin Wall - Ms. Teissier has mounted a photograph of herself in scholar’s cap and gown accompanied by the words : “She would like to create a chair in astrology at the Sorbonne."
An account of Ms. Teissier’s thesis defense ran on the front page of Le Monde, France’s most important daily newspaper. Suggesting that at least parts of the manuscript (cumbersomely titled "The Epistemological Situation of Astrology in Relation to the Ambivalent Fascination/Rejection of Postmodern Societies") read more like the justification of a true believer than a scholarly analysis by a skeptical scientist, the article set off a storm of protest.
Over the last few weeks, fueled by fresh revelations - like Ms. Teissier’s having referred to Max Weber, one of sociology’s founders, as a "pragmatic Taurus" - the debate has only gathered steam, pitting sociologists who insist that the case concerns a thesis that fails to meet minimum academic standards against those who argue that the real target isn’t Ms. Teissier but a maverick strain of sociology that has failed to win establishment approval.
By now, most of the major French newspapers have published opinion pieces. More than 400 sociologists have signed a petition asking the president of the Sorbonne to make an independent evaluation of the case. And the French Association of Scientific Information has assigned a group of scientists and social scientists to review the thesis. They hope to release their report within the next two weeks. On the advice of her academic advisers, Ms. Teissier has decided not to speak to reporters, at least until she receives her diploma later this summer. But her supporters contend that her thesis, whatever its faults, is the casualty of a larger conflict within the discipline over methodology. The real debate, they say, is between the followers of Émile Durkheim and followers of Weber. Or, to put it another way, between positivists who rely on quantitative techniques and objective measures when assessing social life and phenomenologists who attach greater importance to subjective experience and emotion.
Writing in Le Figaro earlier this week, Judith Lazar, a lecturer in sociology at a University of Paris branch campus, complained that Ms. Teissier was the victim of a witch hunt. Noting that most of her critics hadn’t even read the thesis, Ms. Lazar said : "Wouldn’t it be braver to admit that what we’re really after isn’t the author of this thesis (because what harm can this woman do to sociology ?) but her adviser, Michel Maffesoli ? Indeed, on many occasions, this professor has expressed his differences with a discipline mired in old-fashioned academicism and has not hesitated to defend original subjects in order to bring a little fresh air into a moribund sociology."
There is no question that Mr. Maffesoli’s scholarship falls at the extreme end of the phenomenological camp. "What I do is a very Weberian sociology, which is not well represented in France because of the Durk heim current that insists all must be explained by reason," said Mr. Maffesoli. His books include studies of contemporary hedonism and New Age practices as well as a treatise on "ordinary knowledge," which he sees as rooted in everyday life and encompassing the irrational, illogical and emotional aspects of human experience.
In the view of many sociologists, this work lacks methodological rigor. Writing in Le Monde in April, for example, Christian Baudelot and Roger Establet, sociologists at the University of Provence at Aix-en-Provence, accused Mr. Maffesoli of promoting a social science that favors "lived experience, groundless interpretation and off-the-cuff analysis" over reason and objectivity.
Despite these jabs, however, Mr. Maffesoli’s critics insist that their objections to Ms. Teissier’s thesis have nothing to do with methodological disputes. "There is an opposition between Weber and Durkheim, but it has nothing to do with Élizabeth Teissier," said Alain Touraine, a sociologist at the École des Hautes Études en Sciences Sociales in Paris, pointing out that Weber stressed the need to back up all assertions with objective evidence.
According to her critics, Ms. Teissier’s thesis is simply not social science. "I’ve read the whole thing," said Dominique Desjeux, a sociologist at the Sorbonne. "It’s the testimony of somebody who is a well-known astrologer and writes about her experiences. She cites letters from ordinary people as well as testimony from Mitterrand. There is no sociology."
Bernard Lahire, a sociologist at the École Normale Supérieure de Lettres et Sciences Humaines in Lyon and director of the group charged with reviewing the thesis, agreed. "There is no trace of empirical fact or research method," he wrote via e-mail. "The idea hammered home from beginning to end of the document is that astrology is the victim of domination. That science, which is renamed `official science’ or `monolithic thought,’oppresses astrology."
It is extremely unlikely that Ms. Teissier’s degree will be revoked, he said. He added : "I personally consider this defense a blow to our discipline and an insult to those who do their work properly. It’s not an accident that Élizabeth Teissier is using sociology to legitimate astrological discourse. Our discipline is all too often a haven for people who are not rigorous and who are sometimes antirationalist."
In a letter published in Le Monde, Ms. Teissier reminded readers that a doctoral degree could not be obtained on the basis of "notoriety and the production of 300 or more pages" alone. Like other students, she noted, she has completed all the course and examination requirements for a sociology Ph.D. She signed the letter "Astrally yours." |